Vous sortez de la douche et votre peau tiraille, comme si elle était devenue trop serrée pour vous. Ce que peu de gens savent, c’est qu’un savon saponifié à froid ne dessèche pas la peau comme le fait le pain qu’on trouve en supermarché, et la différence commence dès la fabrication. Beaucoup de personnes qui poussent la porte de mes salons pensent que ce tiraillement est normal. Il ne l’est pas, et le coupable est souvent le produit qu’elles utilisent tous les matins sans y penser.
Je dirige trois salons de beauté, je vois des dizaines de peaux chaque semaine, et le même constat revient sans arrêt. On me parle de crèmes, de sérums, de routines compliquées, mais presque jamais du savon. C’est pourtant le premier produit qui touche la peau chaque jour, et le plus souvent le moins bien choisi.
Ce qu’on appelle savon en supermarché n’en est souvent pas un
Prenez le temps de retourner un pain nettoyant industriel et de lire la liste. Vous y trouverez rarement le mot savon. Beaucoup de ces produits sont des pains lavants de synthèse, fabriqués à base de tensioactifs dérivés du pétrole ou de l’huile de palme raffinée. Ils moussent beaucoup, sentent fort, coûtent peu à produire, et sortent d’usine en quelques heures.
Le problème n’est pas seulement ce qu’on ajoute, c’est aussi ce qu’on retire. Dans la fabrication industrielle, la glycérine, cette substance naturelle qui retient l’eau dans la peau, est souvent extraite pour être revendue à d’autres industries. Résultat, le produit lave, mais il emporte avec lui le film qui protège votre peau. D’où cette sensation de tiraillement que tant de gens croient inévitable.

Le savon saponifié à froid, trois ingrédients et trois semaines
À l’opposé, un savon saponifié à froid se fabrique avec trois choses seulement, de la soude, de l’eau et une huile végétale. Pas de chauffe pour accélérer, pas d’additif pour faire tenir la mousse. On mélange, on coule, et surtout on attend. Le savon a besoin de trois semaines de repos pour durcir et devenir utilisable. C’est ce temps long qui fait toute la différence, et c’est aussi pour ça qu’aucune usine ne le pratique à grande échelle, ça coûte trop de place et trop de patience.
Mes savons viennent tous de la coopérative Jnane Majorelle, près d’Essaouira au Maroc. Ce sont des artisans savonniers, pas une chaîne de production. Je suis allé sur place, j’ai visité les installations et testé les produits avant de m’engager avec eux. Quand vous tenez un de ces pains, vous tenez un travail humain qui a pris trois semaines, pas un objet sorti d’un moule en série.
Le grand avantage de ce procédé, c’est qu’il conserve naturellement la glycérine produite pendant la saponification. Un savon saponifié à froid nettoie donc sans décaper, parce qu’il rend à la peau ce qu’un pain industriel lui prend. La différence ne se lit pas sur l’étiquette, elle se sent sous la douche.
Ce que je vois dans mes salons quand on change de savon
Un client m’a raconté un jour qu’il pensait avoir la peau naturellement sèche. Depuis des années, il tirait la peau après chaque douche et mettait de la crème par-dessus pour compenser. Je lui ai simplement proposé de changer de savon et de garder le reste de sa routine à l’identique. Au bout d’une semaine avec un savon saponifié à froid, il est revenu me dire que le tiraillement avait disparu et qu’il n’avait presque plus besoin de crème.
Ce cas n’a rien d’exceptionnel, je le constate régulièrement, chez les femmes comme chez les hommes. Sur les peaux très sèches, avec notre savon à l’argan par exemple, les premiers résultats se voient souvent dès la première semaine. Ce n’est pas magique, c’est logique, quand on arrête de retirer le film protecteur de la peau, elle cesse de se défendre en tiraillant.

Comment utiliser un savon saponifié à froid au quotidien
L’utilisation est la même que pour n’importe quel savon, mais quelques réflexes aident à en profiter pleinement.
- Faites mousser entre les mains ou avec un gant, puis massez la peau quelques secondes avant de rincer.
- Laissez le savon sécher entre deux utilisations, sur un porte-savon qui laisse l’eau s’écouler. Un savon artisanal fond plus vite s’il reste dans une flaque.
- Sur le visage, une fois par jour suffit largement. Sur le corps, adaptez selon votre peau.
- Après la douche, si votre peau a tendance à manquer d’hydratation, appliquez une huile végétale sur peau encore humide. L’huile ne remplace pas l’eau, elle la retient.
Les erreurs que je vois le plus souvent
La première, c’est de juger un savon à sa mousse. On nous a habitués à croire qu’un produit qui mousse beaucoup lave mieux. C’est faux, la mousse abondante vient surtout des tensioactifs de synthèse. Un savon saponifié à froid mousse plus discrètement, et nettoie tout aussi bien.
La deuxième, c’est de vouloir un résultat en un jour. Un savon artisanal ne décape pas, il rééquilibre, et cela prend quelques jours. Laissez-lui une à deux semaines avant de juger. La troisième, c’est de le laisser tremper dans l’eau, ce qui le fait fondre pour rien. Un bon savon bien rangé dure longtemps.
Choisir un vrai savon, une fois pour toutes
Changer de savon est le geste le plus simple et le moins cher pour arrêter d’agresser sa peau au quotidien. Vous ne remplacez pas dix produits, vous en remplacez un, celui que vous utilisez déjà tous les jours. Si vous voulez essayer un savon saponifié à froid, je vous conseille de commencer par celui qui correspond à votre peau. Le savon à l’argan convient bien aux peaux très sèches, et le savon au curcuma, l’un de mes plus demandés, s’adresse à celles et ceux qui cherchent à unifier leur teint et à raviver l’éclat de leur peau.
